Conférence : Le grand démantèlement
Activité sociopolitique régionale tenue dans le secteur de Trois-Rivières
Le titre de cette conférence s’est imposé de lui-même au Comité sociopolitique régional, au moment où il discutait des nombreuses attaques faites à nos acquis sociaux par nos gouvernements, sous le couvert de l’austérité. Ainsi, la question suivante a émergé de notre débat: pourquoi assistons-nous à un tel démantèlement de l’État social?
C’est à cette question qu’est venu répondre monsieur Claude Vaillancourt, le 25 septembre dernier, lors de l’activité régionale sociopolitique. M. Vaillancourt est président de l’organisation Attac-Québec (Action citoyenne pour la justice fiscale, sociale et écologique). Il est aussi membre du collectif de la revue À bâbord!, une revue qui « a pour mandat d’informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d’offrir un espace ouvert pour débattre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d’origine populaire.»[1]
Dans un premier temps, M. Vaillancourt nous a présenté les visions pratiques et idéologiques populaires qui laissent croire à tort que la privatisation est la solution, que le privé est plus efficace. On vise la réduction de la taille de l’État à l’avantage du secteur privé, en accord avec l’idéologie néolibérale dominante de Reagan et Thatcher, ce système économique qui favorise le libre-marché en diminuant les impôts et les réglementations nuisibles à la profitabilité des entreprises. On y ajoute le libre-échange qui ouvre la voie à la circulation des produits et services entre les pays, augmentant la consommation et l’exploitation sans restriction des ressources, créant aussi une concurrence déloyale.
- Vaillancourt identifie quatre facteurs qui ont ébranlé le néolibéralisme, après 40 ans de dominance de l’économie mondiale (1980-2020).
- En premier lieu le constat de son inefficacité fondamentale, car la prémisse voulant que les riches feraient ruisseler les revenus vers le bas de l’échelle sociale ne s’est pas avérée.
- Ensuite la grande récession de 2007-2008, qui a entraîné une crise financière mondiale sans précédent, à la suite d’une déréglementation du système bancaire. En conséquence, plusieurs pays ont dû renflouer leurs banques à coup de milliers de milliards de dollars pour éviter l’effondrement de leurs économies, ce qui n’a pas empêché certains banquiers de se voter des dividendes faramineux à même le fonds de sauvetage.
- Un autre facteur est le réchauffement du climat, causant une augmentation de la force et de la fréquence des catastrophes naturelles : inondations, feux de forêts, glissements de terrain.
- Finalement la pandémie de COVID 19 et la guerre en Ukraine ont sensibilisé tous les pays aux risques liés à l’interdépendance de ceux-ci, aux impacts des perturbations des chaînes d’approvisionnement et à leur vulnérabilité en temps de crise.
Les conséquences de l’échec du néolibéralisme sont nombreuses : augmentation des inégalités sociales, concurrence entre les travailleurs du Nord et du Sud causant des pertes d’emplois, dégradation de l’environnement, perte de biodiversité, augmentation de la puissance des multinationales, notamment des GAFAM (Google, Apple, Facebook (Méta), Amazon, Microsoft), affaiblissement de la démocratie, faible croissance économique.
Selon notre conférencier, il y avait quatre évolutions possibles de la situation :
- Le maintien du statu quo, ce qui veut dire continuer dans la voie du néolibéralisme envers et contre tout, avec épuisement des ressources limitées de la planète, à nos risques et périls.
- La stratégie des petits pas pour avancer lentement sans grand bouleversement. Ce fut la stratégie des années Biden/Trudeau, soit un répit dans le grand démantèlement, une halte aux baisses d’impôts des riches, une hausse des dépenses gouvernementales, une plus grande préoccupation pour la défense des droits des minorités, notamment des autochtones (wokisme), de même qu’une plus grande préoccupation pour l’environnement.
- La transformation en profondeur du système capitaliste avec, en tête, une préoccupation pour les gens les plus faibles dans le monde; aussi une révision du système fiscal pour le rendre plus équitable. Malheureusement, cette voie ne correspond pas au changement en cours.
- La montée de l’extrême droite et des gouvernements autoritaires. Il faut admettre que nous allons présentement dans cette direction, puisque l’immense majorité des populations vit sous ces régimes. En effet, cette montée de l’extrême droite se constate chez nos alliés avec l’arrivée de Donald Trump aux États-Unis, de Javier Milei en Argentine, de Giorgia Meloni en Italie et de l’ascension de Marine Le Pen en France. Au Canada, nous ne sommes pas en reste avec le programme du parti de Monsieur Poilièvre. Quant aux régimes autoritaires comme ceux de la Chine, de la Russie et de leurs alliés, leur influence est de plus en plus importante.
- Vaillancourt a expliqué les raisons pour lesquelles des populations appuient de tels régimes, de même que leur fonctionnement une fois au pouvoir. C’est que les citoyens ont besoin de sauveurs. Ces régimes politiques ont une facilité à trouver en « l’immigrant » un bouc émissaire, à maintenir la confusion, à profiter de la grogne populaire. Ils font une utilisation de tactiques déloyales : le mensonge, les théories du complot, les trolls, les insultes et l’intimidation. De plus, il s’agit d’habiles utilisateurs des médias sociaux pour alimenter la colère et la haine et sont souvent appuyés par l’élite financière.
Une fois élus, ces gouvernements autoritaires ou d’extrême droite prennent le contrôle des institutions, notamment de celles qui forment l’opinion, et mettent en place des mécanismes pour se maintenir. Ils dénigrent la science et briment les droits de la population, notamment le droit de manifester, de s’exprimer, de s’associer. Ils appliquent des politiques économiques ultralibérales visant à diminuer les services publics, en même temps que les impôts des riches. Ils s’attaquent à la protection de l’environnement, à l’immigration. Ils font la guerre au « wokisme » dont les valeurs d’égalité, de diversité et d’inclusion deviennent des mots interdits.
Sommes-nous à risque de ces dérives ? La réponse semble malheureusement positive, selon notre ressource. Déjà le gouvernement de François Legault s’y inscrit avec les baisses d’impôts et autres revenus. Une dégradation des services publics est inévitable avec les coupures budgétaires dans les différents ministères, notamment de 334 experts dans celui de l’environnement. Plutôt que de reconnaître la responsabilité de la spéculation immobilière dans la pénurie de logements généralisée, il s’en prend à l’immigration. Plutôt que de s’attaquer aux vrais problèmes des systèmes d’éducation et de santé, il adopte des lois antisyndicales et se comporte comme un gouvernement autoritaire.
Pour ce qui du gouvernement fédéral actuel, la transparence ne semble pas sa valeur prioritaire. Dans le but de plaire à l’électorat, M. Carney a éliminé la taxe sur le carbone. Il a affaibli les politiques environnementales pour favoriser des grands projets polluants, il a haussé considérablement le budget militaire et éliminé la taxe sur les services numériques, ce qui met en péril notre souveraineté dans ce domaine. Toutes ces décisions ne sont-elles pas celles d’un gouvernement de droite?
En terminant avec une possibilité de solutions, et en s’appuyant sur une militante de gauche, féministe et souverainiste québécoise, monsieur Claude Vaillancourt pose la question « Qui sommes-nous pour être découragées »?[2]
Il n’y aura pas de solution miracle, rien de facile à l’horizon. D’où l’importance de se tenir bien informés.es (en vérifiant bien la qualité des sources). Il faut militer et encore militer, pour des causes progressistes! Il faut soutenir des organisations dont on apprécie le travail (comme Attac). Il faut rester vigilants.es et résistants.es … Ne pas se décourager !
Johanne Allard,
Responsable du Comité sociopolitique régional
[1] Site internet https://www.ababord.org/La-revue
[2] DUFOUR, Pascale et Lorraine GUAY, Qui sommes-nous pour être découragées? Montréal, Écosociété, 2019, 256 pages
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50e anniversaire du secteur de Drummondville dans l’AREQ
Le secteur de Drummondville a été crée en 1975.
Mme Henriette Desautels, première présidente a jeté les bases de l’AREQ, (mouvement des retraités de la CSQ). Treize autres présidentes l’ont suivie jusqu’à nos jours. L’association compte aujourd’hui 1140 membres et trois femmes de Drummondville occupent les paliers représentatifs : sectoriel, régional et national.
Nous avons fêté ce 50e anniversaire de fondation du secteur, le 7 octobre 2025, au Centre communautaire de loisirs Claude-Nault de St-Nicéphore. 50 ans ça se fête! 50 ans de bénévolat!. 50 ans de collaboration!
Un hommage a été rendu à Mme Pierrette Croteau, doyenne des présidences soulignant son engagement de 1997 à 2003, sa générosité, son ouverture à accueillir des nouvelles personnes, de nouveaux comités (sociopolitique et environnement) et à offrir aux membres de nouvelles activités notamment trois voyages par année. Puis, Mme Flore Desmarais, centenaire a livré un témoignage inspirant sur sa carrière, la poursuite d’études collégiales et universitaires, sur ses nombreuses écoles et les réformes qui ont jalonné sa vie d’enseignante.
Durant le dîner, une Historique de notre secteur depuis le début de sa création a été partagée à tous les membres. Suivie d’une animation musicale par le TRIO enchanté qui a rendu la journée festive. Une exposition sur les 50 ans des luttes féministes complétait le tout.
Merci! aux pionniers et pionnières, aux bâtisseurs et bâtisseuses pour leur engagement.
Monique Dionne